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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 11:25

(Voir aussi la note très importante, rajoutée à la fin du texte)

 

Concernant les conditions minimales requises pour accéder au métier et au statut de psychothérapeute, il importe de suivre un parallélisme strict avec la façon dont notre société définit le statut des médecins et des avocats.  

 

Et ce, tout en gardant à l’esprit les nuances suivantes.

 

Certes, le diplôme universitaire de psychologie clinique ne constitue pas une condition suffisante, autrement dit ne constitue pas une garantie que la personne diplômée pourra devenir un bon psychothérapeute.

Mais il en va de même pour tous les diplômes menant à des professions complexes.

 

Certes, devenir un bon psychothérapeute, cela s’apprend AUSSI, en outre, nécessairement, tout au long d’une pratique, celle-ci devant être complétée et élaborée par une réflexion adéquate portant sur cette pratique. Une telle pratique réfléchie est un élément essentiel et irremplaçable.

 

Certes, certaines qualités et capacités requises pour devenir un bon psychothérapeute dépendent, en partie, de caractéristiques qui sont assez peu façonnables par des formations quelconques, et qui sont assez différentes de ce qu’on peut acquérir dans des études principalement théoriques.

Interviennent des qualités diverses, des qualités intellectuelles, des qualités humaines et relationnelles, des caractéristiques de mentalité et de personnalité, et aussi, élément essentiel déjà cité plus haut, des capacités forgées par une pratique et par une réflexion adéquate sur ces pratiques, sans oublier une réflexion adéquate sur soi-même et sur la psychologie en général…

 

Certes, on pourrait imaginer qu’une formation non-universitaire très bien conçue puisse rivaliser valablement et puisse donc constituer une alternative valable par rapport à la formation universitaire en psychologie clinique.

 

Mais alors, tout autant, les mêmes raisonnements pourraient être tenus concernant les métiers de médecin et d’avocat ??!

Et alors, dans ce cas, en pratique, qui aurait le pouvoir et qui pourrait s’arroger le droit de définir et d’appliquer les critères et les modes de vérification pour déterminer quelles formations non-universitaires pourraient être reconnues comme valables et suffisamment aptes à former de bons psychothérapeutes, de bons médecins, de bons avocats ??! 

Une telle situation entraînerait vite un grand risque de confusion, voire la foire d’empoigne ou le règne des privilèges et des complaisances. Avec en prime une dévalorisation majeure de la filière de formation universitaire.  Car cela reviendrait évidemment à décrédibiliser ou à affaiblir la filière de formation universitaire, en permettant à des formations non-universitaires (éventuellement plus courtes et plus faciles) de venir supplanter et évincer des formations universitaires, et cela n’est évidemment pas souhaitable.  

 

Il me semble donc plus rigoureux de retenir plutôt les principes suivants :

 

Concernant les métiers d’avocat et de médecin, notre société, à juste titre, a voulu maintenir une solution très rigoureuse et très prudente : obligation de posséder le titre universitaire requis pour accéder à ces métiers à haute responsabilité.

Il doit en aller de même pour les psychothérapeutes.

Par prudence, et pour créer une situation claire et rigoureuse, il faut considérer que, soit la formation universitaire en psychologie / psychologie clinique, soit la formation universitaire en psychiatrie, constitue la base minimale requise pour pouvoir porter le titre de psychothérapeute.

 

 

En effet  (et ce paragraphe reprend une formulation de notre collègue Jérôme Vermeulen) :

si l’on s’adresse à un médecin, il est essentiel d’avoir l’assurance que celui-ci a suivi complètement le parcours d’une formation exigeante et dont le sérieux est attesté par l’institution universitaire. Un titre universitaire protégé, cela garantit une certaine homogénéité de la formation et de son niveau d’exigence, à considérer non pas comme une condition suffisante, mais au moins comme une condition nécessaire.   

 

Il est très important qu’il en aille de même pour le psychologue-psychothérapeute. Cinq années d’études universitaires sont à tout le moins une garantie qu’une très importante quantité d’efforts et de temps consacré et de connaissances assimilées, a été investie dans une formation (de base) sérieuse et qui plus est, la seule qui soit universellement reconnue du fait de son caractère universitaire, même si effectivement cette formation universitaire n’est qu’une base encore incomplète et ne constitue pas une condition suffisante, ne constitue pas une garantie que le candidat psychothérapeute sera valable au niveau d’une pratique.

     

Un médecin, un avocat, un psychologue clinicien, fraîchement diplômés, ont évidemment encore pas mal de choses à apprendre. Et là, c’est évidemment aussi la responsabilité de chacun de ces diplômés, de s’approprier pleinement et d’approfondir les enseignements dispensés, notamment au fil d’une pratique réfléchie et d’une formation théorique continuée, de leur propre initiative.

 

Et, puisque l’on permet au jeune médecin et au jeune avocat de se lancer dans la pratique alors qu’ils auront encore pas mal de choses à apprendre au fil des expériences accumulées, on ne voit pas pourquoi les choses devraient être différentes dans le cas des psychologues cliniciens.

 

Mais, si l’on veut vraiment mettre en avant l’idée que le diplôme de psychologue clinicien (ou de psychiatre) constitue une formation encore trop incomplète par rapport aux exigences requises pour avoir le statut de psychothérapeute, plus simple et plus logique serait alors la voie (déjà existante sous la forme d’un troisième cycle) qui consisterait à renforcer les exigences inhérentes à ce(s) programme(s) de formation de la filière universitaire, et ce par des ajouts qui viendraient donc compléter le cursus universitaire en psychologie ou en psychiatrie.

Ce qui n’empêcherait nullement que, à côté de cela, puissent continuer d’exister différentes écoles de formation plus spécifiques (cognitivo-comportementaliste, systémique, psychanalytique, etc.), de la même façon qu’en médecine, un médecin, une fois diplômé, a le choix, s’il le souhaite et sans obligation, de suivre des formations complémentaires en ostéopathie, homéopathie, etc., sans que de telles formations viennent prétendre remplacer la formation universitaire en médecine ni la rendre facultative...

 

 

 

 

 

 

 

Jacques Baré, psychologue, Liège

 

Note importante, et commentaire, ajoutés en Novembre 2016 :

Depuis Septembre de cette année 2016, la nouvelle loi voulue par Maggie De Block est entrée en application, loi qui va assez bien dans le même sens que le point de vue que j'avais développé dans le texte présenté ci-dessus.

Mais cette nouvelle loi, encore trop compliquée, comporte aussi trop de flou et gagnerait donc à être épurée, clarifiée et mieux précisée par rapport à une série de points.

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ATTENTION : tout le texte qui va suivre ci-dessous était un commentaire par rapport à la loi qui avait été votée en 2014, et qui est maintenant remplacée par la nouvelle loi de cette année 2016. Les commentaires ci-dessous ne correspondent donc plus à la situation actuelle, mais je les maintiens, car ils permettent de préciser mon point de vue sur toute cette problématique.

Note et commentaire que j'avais ajoutés en Octobre 2014 :

 

Le texte ci-dessus reflète mon point de vue tel que je l'exprimais avant 2014.

Or, le 4 Avril 2014, une loi fut votée, puis publiée au Moniteur Belge le 20 Mai 2014, ((mais qui fut donc, comme je viens de le dire, annulée et remplacée en 2016 par la loi de Maggie De Block)).

 

Point positif : cette loi ((celle de 2014)) avait assurément le mérite d'imposer aux futurs psychothérapeutes une formation sérieuse et consistante, et de venir ainsi combler enfin un vide juridique qui était un véritable problème.

Mais, hélas, cette loi trop compliquée n'allait pas réserver le titre de psychothérapeute aux seuls psychologues et psychiatres.  

On peut le regretter, si l'on se place dans la ligne du point de vue que je défends dans le texte ci-dessus.

 

En clair, cette loi ((celle de 2014)), qui était un compromis obtenu sous l’influence notamment de groupes de pression non-universitaires, allait entraîner les conclusions pratiques suivantes, très critiquables sur un point.

D’une part, pour prétendre au titre de psychothérapeute, les psychologues cliniciens et les psychiatres allaient devoir obligatoirement suivre encore une formation supplémentaire préparant à l’exercice de la psychothérapie. 

Jusque là, rien à redire : une telle exigence supplémentaire est certes un concept raisonnable et défendable, sans aller jusqu’à dire que cette recommandation s’imposait absolument.

Mais d’autre part, cette loi ((celle de 2014)), impliquait aussi que, pour prétendre au titre de psychothérapeute, il ne serait pas obligatoire de détenir un diplôme de psychologue clinicien ou de psychiatre.

Ainsi, ces diplômes (psychologue clinicien ou psychiatre) n'auraient donc plus été, NI une condition nécessaire, NI une condition suffisante pour prétendre au titre de psychothérapeute !!!

Porte ouverte à une certaine dévalorisation de ces diplômes, et ce au profit de certaines formations non-universitaires, et donc aussi, porte ouverte au maintien d’une grande confusion dans l’esprit du grand public.

 

Mon article ci-dessus voulait justement mettre en garde contre de tels inconvénients. Et, au moins, la nouvelle loi (2016) de Maggie De Block, même si elle est très loin d'être parfaite, est une réponse positive par rapport aux préoccupations et aux critiques exprimées ci-dessus.

 

Jacques Baré

 

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