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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 16:00

« Pour ce qui est de la valeur thérapeutique d’un discours porteur d’un jugement de valeur… »

Telle était la critique qui m'était adressée suite à mon article sur Amy Winehouse...

 

Saisissons l’occasion de nuancer fortement une idée reçue très classique mais aussi très inconsistante, qui circule volontiers à propos des psychologues : « Le psychologue ne juge pas, il est là pour comprendre et pour aider ».

Réponse : l’un n’empêche pas l’autre. Tout dépend de la manière utilisée.

Si la fin de la phrase est évidemment sans problème, la première partie pose question.

 

Les psychologues eux aussi, comme tout le monde, ont évidemment dans leur tête un certain système de valeurs, et dès lors des jugements de valeur sur un certain nombre de choses.

Et il est bien normal et souhaitable qu’il en soit ainsi.

Et il est, parfois ou souvent, important de les exprimer face à des patients. Mais certes, avec prudence et pas de n’importe quelle manière.

 

Des exemples de cela, il y en a des tas.

Si dans un couple, la femme, en plus de sa profession, doit assumer toutes les tâches parce que son compagnon trouve normal de se livrer sans modération et en toute insouciance ou inconscience à ses loisirs favoris (football, excès d’alcool, copains, télé,…), le psychologue peut bien d’abord essayer de comprendre pourquoi l’homme trouve normal de perpétuer un tel fonctionnement égoïste, et le cas échéant essayer d’agir sur les éventuelles causes qui motivent ce déséquilibre.

Mais le psychologue commet-il une erreur s’il prend AUSSI l’initiative de signifier « gentiment mais quand même clairement » à cet homme le lourd problème de principe que pose son comportement, et les conséquences regrettables que ce comportement risque d’entraîner pour l’équilibre, l’ambiance, l’épanouissement du couple et donc aussi pour l’homme lui-même, par effet boomerang…

 

Si cet homme se comporte de la sorte en guise de représailles parce qu’il endure une frustration sexuelle qu’il juge inacceptable, il sera bien sûr logique et souhaitable d’essayer aussi ou avant tout d’améliorer par des voies positives l’harmonie sexuelle du couple, du moins dans les cas où c’est possible et sans forcing. Et ce sans oublier de souligner clairement que par son attitude négative, cet homme alimente un mauvais cercle vicieux qui l’éloigne encore plus du but sexuel recherché par lui.

 

Mais si cet homme se comporte de la sorte tout simplement parce que, depuis toujours, il s’est trop facilement complu, sans aucune autocritique, dans un égoïsme aveugle et confortable, là il faudra bien tenter de réveiller la conscience et de créer un déclic en soulignant que, réellement, une telle attitude risque tôt ou tard de provoquer, par effets en cascade, la mort du couple, et si nécessaire en recourant AUSSI, oui, osons le mot tabou et souvent honni par notre époque depuis 50 ans, en recourant donc aussi à un discours moralisateur, mais bien sûr exprimé en termes doux, gentils et diplomatiques, souriants, voire parfois humoristiques...

 

Donc nuançons.

Quand j’écris un article pour dénoncer certains dangers et certaines dérives, je ne suis pas en train de faire une thérapie individuelle. Ce sont deux contextes totalement différents.

Il y a encore d’autres distinctions à faire.

Emettre un jugement sur une caractéristique ou une attitude, est une chose, et ne doit pas être confondu avec le fait de porter un jugement global sur une personne.

 «Juger et condamner » une PERSONNE est une chose (tâche peu sympathique mais parfois bien nécessaire dans les tribunaux...).

Juger, estimer la valeur (psychologique et/ou morale) de tel ou tel ACTE, est autre chose, chose que nous faisons tous et très souvent, même les psychologues évidemment… Chacun avec ses propres critères, plus ou moins bien inspirés.

Que, dans certaines phases, un patient ait surtout besoin, avant tout, de se sentir accueilli avec bienveillance et sans préjugés, de se sentir écouté, compris, soutenu, aidé, c’est bien évident.

Et c’est très important. Et prioritaire à de nombreux moments.

Mais un psychologue qui voudrait s’imposer de ne rien dire ou d’en dire le moins possible parce qu’il serait soucieux de n’émettre aucun jugement sur rien du tout, risquerait fort, du moins dans de nombreux cas (nuance importante), de se condamner à l’inefficacité et à l’inconsistance…

 

 

Jacques Baré, psychologue. Liège

(article écrit sur Viadeo en Août 2011)

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